Accueil Actus en Libre accès COP21 : Accord historique ou insuffisant?

PARIS (MPE-Média) – Les avis restent très partagés à l’annonce de l’accord final de la Conférence des parties (COP21) de Paris ce 12 décembre au Bourget. Des avis mitigés mais restant optimistes comme celui du Prix Nobel d’économie français Jean Tirole rendu public par nos confrères de l’Opinion. Détails.

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Laurent Fabius prenant la parole en fin de la COP21 (ph MPE-Média/UNFCC6.meta-fusion.com)

Longue attente ce samedi 12 décembre entre 17h30 et 19h15, au Bourget et ailleurs dans le monde sur internet, pour suivre en direct et entendre les déclarations finales de la Conférence des parties 21 de Paris (COP21), déclinant les principaux engagements d’un accord déjà soumis à de nombreuses évaluations dans l’ensemble de la société civile, industrielle, politique, avis militants ou simplement cherchant à recenser les impacts prévisibles de l’accord et à comprendre en quoi cette réunion aura été fructueuse.

Remis en ligne dans sa version définitive sur le site internet de l’ONU, le texte annoncé par Laurent Fabius, Président de la COP21 et commenté par une déléguée du bureau du Comité de Paris comprenait des différences notables selon les traductions au nombre de six, fait remarquer cette déléguée qui s’est livrée en direct à des remarques prouvant que la mouture finale n’était pas encore assez toilettée pour tout le monde. Idem pour l’un des secrétaires adjoints du Comité faisant encore des remarques sur la ponctuation des articles, l’emploi de tel ou tel terme dans les différents alinéas ou dans les différentes traductions, commentaires rendant encore plus illisible le contenu de l’accord pour le grand public et une large partie des experts présents ou suivant l’événement.

 

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Des milliers de tweets en quelques minutes avant et pendant la séance de clôture (ph MPE-Média/Twitter)

« Dans les faits, nous ne sommes guère plus avancés qu’il y a six ans », titre l’Opinion en citant l’économiste toulousain et prix Nobel de l’économie Jean Tirole qui ne s’arrête pas pour autant à une analyse négative de l’accord issu de la COP21, mais en souligne aussi les faiblesses, notamment celle-ci : « Question efficacité dans la lutte contre le réchauffement climatique, la tarification du carbone, recommandée par la très grande majorité des économistes et de nombreux décideurs, mais chiffon rouge pour le Venezuela et l’Arabie Saoudite, a été enterrée dans l’indifférence générale par les négociateurs, compromettant sérieusement la réalisation de l’objectif climatique, comme le note la Fondation Nicolas Hulot. »

«Et pourtant, il faut un prix universel du carbone compatible avec l’objectif des 1,5 ou 2°C. Les propositions visant des prix différenciés selon les pays non seulement ouvrent une boite de Pandore (qui paiera quoi ?) mais surtout ne sont pas écologiques. La croissance des émissions viendra des pays émergents et pauvres, et sous-tarifer le carbone dans ces pays ne permettra pas d’atteindre l’objectif ; d’autant qu’un prix élevé du carbone dans les pays développés encouragera la localisation des productions émettrices de GES dans les pays à bas prix du carbone, annihilant ainsi les efforts faits par les pays riches », poursuit l’économiste, qui ajoute en évoquant les contributions des pays développés et celles des émergents qu’il ne faut pas oublier que « les promesses collectives ne sont jamais tenues ».

 

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Beaucoup d’humour aussi et des réactions clefs sur Twitter (ph MPE-Média)

Attendue à 17h30, l’évocation non directe des principaux points de l’accord final aura finalement eu lieu bien plus tard. Le texte comprend 31 pages dont 11 comprenant les 29 articles de l’accord de Paris, précédées d’une longue série de 20 pages d’attendus et d’avenants assortis eux-mêmes de clauses de contrôle dans le temps jusqu’aux COP22 et 23.

 

Rien de surprenant en fait

Attention, rien de surprenant en fait si l’on tient compte de la nécessité d’un consensus large pour que des décisions fermes puissent un jour être appliquées de façon à ne pas augmenter le différentiel de compétitivité déjà existant entre l’Europe et le reste du monde où les règles vertes sont bien moins lourdes qu’ailleurs, même si Pékin et Washington sont en train de faire évoluer leurs propres bases règlementaires, par obligation en Chine (seuil de pollution devenu critique) et par opportunisme aux Etats-Unis (les chimistes en cours de fusion, Dow chemicals et Dupont, vont créer trois grands groupes sous la houlette de la future companie DowDupont, dont l’un au moins cherchera à concurrencer Solvay, Saint-Gobain et quelques-uns des grands groupes à présent trés axés chimie verte et produits pour l’efficacité énergétique).

« L’accord repousse à une date ultérieure un engagement concret des pays à réduire leurs émissions. La stratégie attentiste des engagements volontaires de réduction des émissions (INDC) l’a emporté. Les engagements ne sont pas comparables, ils sont insuffisants, ils seraient coûteux s’ils étaient appliqués, et il y a fort à parier que, non contraignants, ils ne seront pas mis en œuvre de toute façon (les promesses n’engageant que ceux qui les écoutent) », continue Jean Tirole qui voit quand même un progrès symbolique dans le fait que « tous les pays présents à la COP 21 ont présenté des trajectoires de leur pollution, contrairement à ce qui avait été fait à Kyoto en 1997 ».

 

Jean Tirole reste optimiste

Le prix Nobel français de l’économie note enfin qu’il tire de l’optimisme du fait que plus de 40 pays dont les USA et la Chine « ont aujourd’hui des marchés de droits d’émission négociables, certes avec des plafonnements beaucoup trop généreux et donc des prix du carbone très bas, mais démontrant leur volonté d’utiliser une politique rationnelle de lutte contre le réchauffement climatique. Ces bourses de carbone pourront un jour être reliées entre elles pour former un marché mondial plus cohérent et plus efficace, même si la question des « taux de change » (1) sera épineuse. Il faudra construire sur ces dynamiques. »

 

Des exigences françaises très en-dessous de celles requises pour fixer un prix au carbone

Ce disant, Jean Tirole n’est pas loin de l’avis exprimé récemment par Christian de Perthuis, Professeur d’économie de l’énergie à Paris Dauphine, convaincu que les exigences de la France en matière de fixation de prix du carbone son très en dessous de celles qu’il conviendrait de faire accepter à l’ensemble des parties pour aboutir à un accord équitable et vraiment susceptible de faire payer le prix du carbone aussi cher « pour celui qui est dans l’air que pour celui qui est encore sous terre et que le monde a intérêt à laisser sous terre s’il veut vraiment éviter un désastre écologique majeur à moyen ou long terme », comme il l’expliquait récemment lors de l’Université de la Terre, à l’UNESCO, courant décembre à Paris, en marge de la COP21. M. de Perthuis doit donner un avis plus précis sur les conclusions de la COP21 à la fin janvier 2016 et nous accorder un entretien à ce sujet, que nous éditerons dans notre prochaine lettre.

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Sans commentaire (ph MPE-Média/Twitter)

A 19h25, Laurent Fabius – s’exprimant en français NDLR - a fini par confirmer qu’il allait faire modifier le texte de l’accord en fonction des remarques linguistiques et stylistiques faites par les membres du Comité de Paris, avant que la 11e séance plénière de la COP21 s’ouvre enfin.

« L’accord de Paris pour le climat est accepté », a fini par déclarer à 19h27 le Ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, très ému et applaudi par le public du Bourget, avant les embrassades avec Laurence Tubiana, son ambassadrice ad hoc et Présidente de l’ensemble de la COP21 depuis sa préparation et quelques proches en tribune.

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John Kerry s'exprimant durant la séance de clôture de la COP21 (Ph MPE-Media/Twitter)

Très remarquée dans la salle, la présence de John Kerry, l’homologue américain de Laurent Fabius se levant le premier pour applaudir l’accord et celle de leur consoeur sud-africaine auteure de plusieurs amendements au texte conférait à cette partie de la dernière séance de la COP21 un caractère global, avant les interventions de politiques d’Australie, du Nicaragua, un peu plus tard du Maroc, pays d’accueil de la prochaine COP22 en novembre 2016 et d’autres personnalités, une ministre australienne notant ainsi « les efforts extraordinaires fournis par l’équipe de la COP21 pour obtenir cet accord sur le changement climatique (…) merci beaucoup Monsieur Fabius ». Le ministre nicaraguais a fait remarquer sa déception que la parole n’ait pas été donnée aux pays avant l’adoption finale des décisions : « aucune chance aux objections », ajoute-t-il, soucieux du montant des compensations réelles à venir pour les émergents au titre dela dite « responsabilité historique » des pays développés.

 

« L’ambiance est ouf »

« L’ambiance est ouf, ça donne envie d’y être », note un twittos. « L’Histoire est faite, pour nos enfants », ajoute une autre internaute. « L’accord a été adopté à l’unanimité par les 195 pays », fait remarquer un autre twittos en citant un quotidien régional français.

A 19h46, le New-York Times annonçait « a landmark climate accord in Paris » dans ses « breaking News ». A 19h 48, un tweet annonçait la présence d’une centaine de « casseurs altermondialistes saccageant le 10e arrondissement de Paris ».

« Ca y est, la planète est sauvée du gros méchant carbone. Je peux dormir en paix », twitte Sylvain Rosa depuis le Canada.

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Un twwet de Christiana Figueres, secrétaire générale de la COP21 (ph MPE-Média/Twitter)

On sentait dans ces réactions comme un besoin non exprimé mais perceptible d’effacement, voire d’oubli des terribles tensions sociétales résultant des attaques terroristes du 13 novembre à Paris tout juste un petit mois après celles-ci et de celles résultant en France des résultats du premier tour des élections régionales marqué par l’essor du Front National – absent du débat public sur ce thème du climat NDLR - , à la veille du deuxième tour des dites élections.

« Aujourd’hui nous célébrons, demain nous devrons agir, c’est ce que le monde attend de nous », concluait le représentant de l’Union européenne avant les prises de paroles des autres géants globaux dont la Chine – s’exprimant en chinois, avec traduction simultanée sur internet - et celle des Etats-Unis.

« Il y aura des investissements, des nouveaux produits qui vont être créés, au nom du Président Obama j’exprime nos remerciements à la France pour le jeu essentiel qu’elle a joué dans ce rapprochement climatique (…). Personne ne pense que cet accord est parfait mais ce ne serait pas un bon accord s’il en était autrement », a déclaré John Kerry, le secrétaire d’Etat américain aux affaires étrangères en réponse à Laurent Fabius.

L’Inde renchérissait sur cet avis, son ministre citant Gandhi estimant que « nous devons travailler pour un monde que nous ne verrons pas nous-mêmes » et parlant de « justice climatique, d’équité et de responsabilité » pour qualifier l’accord de Paris, avec toutefois un bémol sur son impact réel prévisible pour contraindre le réchauffement en dessous de 2°.

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(Ph MPE-Média/Twitter)

Des avis les plus critiques aux remerciements les plus chaleureux comme ceux de Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), disant avoir par dessus tout « pu entendre les gens, des plus jeunes aux plus âgés, (…) et constater à présent des résultats solides, flexibles mais solides dans l’espoir de limiter à 1,5° le réchauffement climatique », cette dernière séance de la COP21 n’efface pas totalement chez la plupart des acteurs et des observateurs le sentiment que tout ou presque reste à faire pour y parvenir, sans faire oublier que les climatologues ont encore beaucoup à faire pour diagnostiquer correctement sur une échelle lisible la réalité des effets sur le climat de l’activité humaine depuis la première révolution industrielle jusqu’à ce jour ainsi que celle des mesures décidées à Paris cette année, le plus important sans doute à en croire les organisateurs de la COP.

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François Hollande lors de la séance finale de la COP21 (ph MPE-Média/Elysée.com/Twitter)

La parole était finalement donnée au Sénégal, déclarant s’engager dans le droit fil de l’accord de Paris, puis peu après à François Hollande élevant le propos climatique à l’échelle plus élevée et moins marquée par le marketing vert des Droits de l’Homme made in France :

« Jamais il ne sera possible d’exprimer autant de gratitude pour une conférence (…) Vous pourrez dire le 12 décembre 2015 nous étions à Paris pour l’accord sur le climat et vous pourrez en être fier devant vos enfants et petits-enfants (…) Le combat pour le climat participe d’une lutte engagée depuis des siècles pour la dignité humaine, une lutte pour l’égalité, pour les droits fondamentaux. Vous savez qu’ici à Paris ont été proclamés les droits de l’homme et du citoyen, aujourd’hui vous venez de proclamer les droits de l’humanité (…) Le 12 décembre 2015 restera une grande date pour la planète, à Paris il y a eu bien des révolutions mais aujourd’hui c’est la plus belle et la plus pacifique des révolutions qui vient d’être accomplie », a notamment déclaré le président de la République française.

 

Reste à présent à comprendre quelle pourra être la portée réelle de l’accord de Paris sur le climat, en particulier au moment où plusieurs grandes confédérations européennes mais aussi sud-américaines de l’acier comme Eurofer, Worldsteel ou Alacero alertent leurs autorités de tutelle à Bruxelles et l’OMC sur les différentiels de compétitivité subis, en partie à cause des stratégies low cost des producteurs chinois et de l’absence de contraintes fiscales environnementales de la Chine. La Chine qui vient de dire qu’elle approuve l’accord de Paris sur le climat et qu’elle en appliquerait les clauses et conditions. A suivre donc.

 

Christophe Journet

(1) Il faudra savoir si un droit d’émettre une tonne dans un système équivaut au même droit dans un autre système. Les pays les plus vertueux, ayant émis moins de droits, risqueraient alors de se sentir lésés.

 

Voir aussi le texte de l’accord:

http://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/eng/l09r01.pdf

Prendre aussi le temps de lire quelques tweets instructifs quant à la réception réelle de l’accord de Paris via:

https://twitter.com/search?f=tweets&vertical=default&q=%23COP21&src=tyah

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