Accueil Actus en Libre accès Recyclage / Conférence EuRIC 2018 à Bruxelles (suite)

BRUXELLES (MPE-Média) – La recherche de nouveaux modèles d’affaires dans l’industrie du recyclage en Europe semble enfin venir sur la table en 2018, mais suppose encore des ajustements règlementaires à l’échelle européenne, entend-on dans le cadre de la Conférence « Closing loops », fermons les boucles, organisée par EuRIC, European Recycling Industries Confederation AISBL. Détails.

Eco design, progrès en matières de technologies du recyclage, comment parvenir à débarrasser le marché des produits non recyclables encore présents en quantité dans « la boucle » en pensant mieux dès leur conception la fabrication des produits de grande consommation, voilà les questions qui occupent Fulvia Raffaeli, chef de l’unité technologies et produits propres à la direction générale croissance de la Commission européenne, qui intervenait ce mardi matin dans cette conférence européenne d’EuRic. Son discours n’est certes pas exempt d’exigences vis-à-vis des sociétés productrices, lesquelles ont tendance à renvoyer les responsables de la Commission dans les cordes du ring qu’est devenu en quelques années le débat sur la circularité des produits, leur reprochant de ne pas leur proposer une base règlementaire assez claire et plus efficace pour encourager la vertu.

 

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GD : Ward Mosmuller (DSM), Fulvia Raffaeli (DG Growth EU), Andreas Kessler (SUEZ R&R) - (Ph MPE-Média)

Allant droit au fait, Andreas Kessler (Suez Recycling & Recovery) démontre en quoi il revient toujours moins cher de produire un emballage camouflant un produit non recyclable – ce qui devrait être interdit – que de financer l’éco design d’un produit de même usage. Il demande à la représentante de la direction générale « croissance » de la Commission de réfléchir à des incitatifs règlementaires récompensant ceux qui choisissent de fabriquer plus cher pour mieux respecter les critères de recyclabilité en fin de vie du produit.

L’exemple de DSM-Niaga (again à l’envers), firme néerlandaise produisant des tapis et des matelas totalement recyclables est intéressant à ce titre : l’Europe enfouit encore plus de 60% de ses tapis usagés au lieu de changer les règles du jeu pour éliminer les produits non recyclables, non valorisables énergétiquement à cause des matières qui les composent à l’origine. DSM a choisi de n’utiliser que des matières plastiques et des colles totalement recyclables pour produire, en accord avec les résultats des analyses de cycle de vie des produits souhaités lors de la phase d’eco-design en laboratoire, explique Ward Mosmuller, directeur des affaires européennes et lobbyiste chez DSM.

 

Comment fixer le prix des coûts collatéraux, des externalités

Comment fixer le prix des coûts collatéraux, des externalités positives ou négatives d’une attitude conforme aux exigences de l’économie circulaire et du respect des règles en matière de recyclage ? Mais aussi comment évaluer les économies d’énergie réalisées et les tonnages de CO2 non émis en développant le recyclage ?

C’est la question à laquelle le Directeur général de FEDEREC Manuel Burnand répondait ce mardi, après une enquête réalisée ces dernières années par son organisme avec le concours de l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) : 22,5 Millions de tonnes de CO2, l’équivalent de la production d’énergie par 18 centrales nucléaires étaient économisées en moyenne entre 2014 ert 2016, annuellement. FEDEREC et l’ADEME ont ensuite réfléchi à faire la proposition aux entreprises d’un logiciel d’analyse des impacts et de modélisation du cycle de vie des matières ou des produits concernés, en fonction des outils utilisés, des moyens logistiques et de transformation des matières utilisés.

« Les bénéfices calculés sont d’environ 38 euros/tonne pour l’acier, 217€/t. pour l’aluminium, 28 pour le PET », note Manuel Burnand, qui propose d'instituer un droit de redistribution de la valeur gagnée entre l’Europe, les Etats, les entreprises, en fonction de leurs propres économies de CO2 et d’énergie, via des certificats d’économie d’énergie délivrés après enquête annuelle, plutôt que le système plutôt punitif actuel des ETS (emissions trading scheme) ou des droits d’émission de CO2.

Le DG de FEDEREC explique travailler en France à ce sujet avec le gouvernement et les producteurs d’engins pour le recyclage, broyeurs, etc., pour atteindre plus vite ces objectifs d’économie d’énergie et d’émissions de CO2.

 

Un sujet compliqué : les divergences règlementaires selon les secteurs visés

Dans une autre session de la même conférence, une belle brochette de cinq experts a abordé des questions liées à la règlementation sur les déchets des industries chimiques favorisant l’économie circulaire chez les producteurs de métaux et de matières plastiques. A commencer par Enrique Garcia-John, de la DG croissance de la Commission européenne, expliquant comment ce service a tenté depuis 2015 de proposer des méthodes facilitant le recyclage des substances chimiques et produits à risques utilisés par ces industries. Les derniers douze mois ont été mis à profit par la DG Growth de l’UE pour écrire une feuille de route, consulter les entreprises concernées, analyser les retours d’expériences et les problèmes rencontrés par les acteurs.

 

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Keith Freegard montrant les différents éléments d'une voiture à recycler (Ph MPE-Média)

« Un déficit d’informations sur la composition des substances à risque a été constaté, freinant la transition du statut de déchet à celui de produit lorsque la règlementation demande davantage de détails sur les intrants passés des matières en fin de vie », explique M. Garcia-John. Exemple cité : des substances toxiques anti-feu persistantes, bio-intrusives, découvertes dans des produits en plastiques recyclés. Ce qui a incité la Commission à préparer des règles visant à réduire la présence de ces substances dans des plastiques recyclés. Cet expert note qu’il susbiste des difficultés d’application des classifications des produits selon le secteur consommateur, citant le cas du plomb jugé non dangereux par la règlementation des déchets mais dangereux par les règles de l’industrie chimique. La Commission attend le retour du Parlement européen et des autres institutions européennes sur ces sujets tout en lançant une vaste enquête publique sur ces thèmes. Aspirine svp !

Directeur chez Axion Polymers, Keith Freegard a heureusement développé avec humour la complexité du recyclage des voitures entre métaux, plastiques, bois, verres, etc. : « est-ce que l’un d’entre vous a jamais été invité par un constructeur de voitures à une réunion de travail sur le recyclage de leurs modèles », ironise-t-il non sans raison (rires). Et d’énumérer les différentes règles européennes l’ayant obligé à justifier ses propres choix écologiques sans rien devoir changer à ses pratiques de transformation de déchets de polymères en nouvelle matière plastique propre, conforme aux règles et réutilisable à une échelle industrielle.

 

« Cette situation kafkaïenne doit être stoppée »

Intervenant ensuite pour Eurofer, Hans Regtuit, manager environnement pour les aciers inoxydables rappelle que si l’Europe produit bon an mal an plus de 100 millions de tonnes de ferrailles d’acier, la Chine ne va pas tarder à en produire des quantités importantes dans le futur et à ne plus avoir besoin des exportations européennes pour répondre à sa demande domestique. Il relève aussi que les propositions européennes de classification des dosages admis du cobalt – intrant de l’acier - dans les scraps d’acier ont et auront un impact réel sur le recyclage de certains aciers, en particulier inoxydables, prévenant que « l’économie circulaire va être sérieusement compromise si l’industrie est forcée à réduire la présence de cobalt dans les ferrailles dans de telles proportions - 0,001gr/tonne NDLR - , d’autant qu’il est encore très difficile de les séparer».

« Cette situation kafkaïenne doit être stoppée », réagit un participant rappellant la nécessité de recycler les ferrailles coûte que coûte, mais soulignant l’incongruité d’une règlementation faisant des recycleurs de métaux des presque criminels lorsqu’ils achètent des lots de ferrailles contenant du plomb, du nickel, du cobalt, d’autre alliages non séparés de l’acier :

« Ma compagnie recycle du métal contenant du laiton ; confronté à ces nouvelles règles, nous sommes sur le point de décider de délocaliser en Chine l’unité de recyclage car nous trouvons excessives ces exigences de pureté du métal recyclé », témoigne une participante.

« Nous devons prioriser les questions, savoir s’il vaut mieux privilégier une approche sociétale raisonnée ou s’en tenir à des arbitrages éloignés du terrain et des pratiques, qui conduisent fatalement à tomber dans du deux poids deux mesures selon les cas observés », fait remarquer Christer Forsgren, professeur en charge de la technologie et de l’environnement chez Stena Metall Group.

 

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Artemis Hatzi-Hull, en charge des véhicules en fin de vie à Bruxelles (Ph MPE-Média)

On le comprend, les besoins d’harmonisation des pratiques sont encore importants dans ce secteur, ce que le Green Deal signé en 2016 à Bruxelles par plusieurs états membres et des consultants s’engageant à réduire ces contradictions tente de faire depuis deux ans, note Robine van Dooren (RVO, Pays-Bas). En charge des affaires publiques et des DEEE chez Müller-Guttenbrunn Group, en Autriche, Chris Slijkhuis présente ici « son rêve » : développer une économie circulaire serait parfait si on parvient à stopper les exportations illégales plutôt qu’à vérifier les pratiques des bons élèves, qui doivent parfois attendre plus de deux ans les autorisations de transfert de déchets électroniques d’un pays de l’Europe à l’autre ; transformer les accords internationaux existants en Europe en pratiques concrètes régulières d’échanges de volumes de DEEE. Un rêve semble-t-il partagé par les autres acteurs du recyclage présents dans la salle !

Cette deuxième conférence annuelle d’EuRic proposait aussi un topo fouillé sur le recyclage des voiture en fin de vie, avec Artemis Hatzi-Hull, en charge de ce dossier pour la Commission européenne et Thomas Papageorgiou, Pdt du Groupe européen des broyeurs, débattant des apports récents à la directive pour les véhicules en fin de vie (ELV) et un autre topo sur les opportunités et les défis créés par la nouvelle politique chinoise sur les importations de déchets présenté par Hans van de Nes, Pdt de l’association européenne des recycleurs de papier, en charge du développement du recyclage papiers et plastiques chez SORTIVA.

En fin de conférence, le Directeur général du Bureau International du Recyclage (BIR) Arnaud Brunet devait présenter la prochaine « journée mondiale du recyclage » prévue le 18 mars à l’échelle de la planète. Une première mondiale également soutenue par EuRic à Bruxelles et en France par les recycleurs membres de FEDEREC.

 

Christophe JOURNET

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(À SUIVRE dans notre prochaine lettre)

Voir aussi sur :

https://www.euric-aisbl.eu

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Mis à jour (Mercredi, 07 Mars 2018 09:34)

 

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