Accueil Actus en Libre accès Honeywell délocalise Condé-sur-Noireau en 2013

PARIS (MPE-Média) - Le groupe Honeywell prévoit de fermer et de délocaliser en Roumanie son site de production d’éléments pour systèmes de freinage (plaquettes de freins)  « Friction Materials » de Condé-sur-Noireau, dans le Calvados (323 salariés) en juin 2013, nous confirme la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT). La centrale veut faire de ce dossier celui de la responsabilité sociétale dans un site où « de nombreux salariés ont été victimes de l’amiante, et qui n’a pas été désamianté » tout en prouvant que le site est rentable, hormis la volonté du groupe d'optimiser ses profits en Roumanie. Récemment, le premier magistrat de Condé-sur-Noireau a écrit à ce sujet au Président de la République.

HONEYWELL_CONDE_Project_Kane

Edité de façon interne et confidentielle en 2010, ce document établit le calendrier de la fermeture de Condé jusqu'à la fin 2013 (source SD MPE-Média)

Dans le document confidentiel ci-dessus que nous nous sommes procurés, le groupe Honeywell expose clairement le calendrier de la fermeture, ses motifs (optimiser les coûts de production et limiter les impacts sociaux) et parle « d’une opportunité unique de fermer le site compte tenu du contexte économique et de compétitivité actuel et du risque de hausse importante des coûts en cas de hausse de la demande pour ces produits.

Au chapitre des « challenges » à dépasser, le groupe cite « le risque de grève à réguler pour ne pas impacter les clients, le climat social dans le système industriel français, les questions d’hygiène et de sécurité compte tenu de l’historique du site » - l’amiante est citée laconiquement comme un problème d'hygiène et sécurité NDLR.

Projet Pollux en Roumanie

La délocalisation en Roumanie est clairement mentionnée dans ce document (projet d’usine Pollux en Roumanie, lancement de l’usine roumaine) ainsi que son objectif : « augmenter la compétitivité des systèmes de freinage en déplaçant la production vers ER et en introduisant de nouvelles technologies ». Et l'échéancier qui s'achève en décembre 2013 par ces mots : "Condé closed".

Le groupe précise même dans ce document que « les ratios du site restent dans l’objectif fixé » et que « la productivité reste relativement bonne, aucun incident de sécurité n’était à signaler » et « la couverture média restant sous contrôle ».

Notre source évoque donc officiellement « une délocalisation de l’activité en Roumanie, dans un site en chantier au nord de Bucarest, à Ploiesti, où le groupe souhaite produire le même type de pièces pour un coût global moindre sur le plan de la masse salariale prévisionnelle ».

Juin 2012

La première annonce du projet de fermeture du site industriel d’Honeywell Friction Materials (Division systèmes de transports d’Honeywell) à Condé-sur-Noireau remonte au 19 octobre 2011 selon nos sources. La date de juin 2013 avait alors été annoncée par les dirigeants du groupe et de la filiale française, qui a confié la fermeture à son directeur général M. Mathias Bourry et à un autre cadre en charge des questions liées à la liquidation du site, M. François Serisay. Le ministre de l'Industrie d'alors M. Eric Besson s'en était inquiété et avait mis en place une table ronde. Le Ministre du Redressement Productif M. Arnaud Montebourg a visité le site avant les présidentielles.

Fournisseur à la fois du groupe Bosch et de façon directe de PSA (72% des ventes, mais aussi pour des pièces de rechange), d’autres constructeurs automobiles (Daimler-Mercedes, 13%, Ford, 10%, Volkswagen, 2,5%) et de façon anecdotique pour la Défense Nationale, le site Honeywell de Condé compte plus de 320 salariés tous concernés par la mesure envisagée.

Fabriquée à partir d'une base en acier doux, chaque plaquette est ensuite revêtue d'une fibre spéciale du type twaron - celle qui remplace l'amiante - collée par une résine qui sert à amalgamer les autres matières utilisées pour obtenir les qualités de friction souhaitées, avec de la mousse d'acier, du cuivre, du bronze, du carbone, grâce à des procédés à la fois métallurgiques et chimiques.

L’usine fabrique annuellement près de 12 millions de plaquettes de freins automobiles en acier doux embouti découpé et préformé, assorties de pièces en cuivre, bronze et fibres de résine qui remplacent l’amiante autrefois utilisée pour réaliser ces éléments de systèmes de freinage. Le site produit aussi mais en moindre quantité des segments de frein pour freins à tambours.

MONUMENT_VICTIMES_AMIANTE_CONDE_NOIREAU

Monument érigé en mémoire aux Victimes de l’amiante à Condé-sur-Noireau (ph SD)

La CFDT parle également « de nombreux cas de victimes de l’amiante dans ce site autrefois dédié à la transformation de cette matière remplacée depuis par des résines dans la production des plaquettes de frein ».

« Honeywell n’a jamais totalement désamianté ce site, continuant d'exposer les salariés déjà fragilisés par cette poussière mortelle. Début 2011, l’inspection du travail est intervenue pour demander que soit vérifiée la présence d’amiante et le cas échéant, qu’un désamiantage ou un dépoussiérage soit effectué avant tous travaux de maintenance, ce qui se traduisit par de nombreux chantiers », explique la branche métaux de la CFDT, qui veut en faire un double procès, à la fois celui d’une pratique industrielle aux conséquences désastreuses pour la santé des salariés et riverains et celui des délocalisations.

« Un dossier a été établi afin de démontrer la présence d’amiante sur le site en 2012. Si tel est le cas, le Ministère du Travail pourrait envisager de reconnaitre que les salariés ont été exposés non pas jusqu’au 31 décembre 1996, mais jusqu’à la fermeture de l'usine, en juin 2013 », ajoute la CFDT.

« Cette usine, construite en 1960, est la dernière d’un ensemble de sites de production qui constituait la sinistre vallée de la mort, bassin industriel ayant transformé l'amiante de 1890 à 1996 », renchérit la centrale cédétiste dans un communiqué spécial.

« 2.700 personnes ont transformé l'amiante à Condé dans les années 1970. Des centaines de salariés sont morts de l’amiante après avoir travaillé successivement pour Ferodo, Valeo et enfin Honeywell », poursuit la CFDT métaux qui note que l'enquête menée par une commission sénatoriale en 2005 n'avait pas permis de déterminer ce nombre de façon précise.

 DESAMIANTAGE_CONDE

Désamiantage dans le site Honeywell de Condé (ph SD pour MPE-Média)

Honeywell a racheté le site à AlliedSignal en 1990

Le groupe AlliedSignal avait racheté le site en 1990 puis a fusionné avec Honeywell en 1999 : « Honeywell est par conséquent entièrement responsable de cette utilisation aux conséquences désastreuses de l’amiante », note la CFDT, qui n’ignore pas de récentes jurisprudences amalgamant la responsabilité sociétale du vendeur à celle du repreneur quelle que soit la situation lors de la revente.

« Condé-sur-Noireau est une des communes en France qui a le plus souffert de l'amiante. En 2005, le premier monument en souvenir des victimes de l’amiante a été érigé à l'entrée de la commune », précise la CFDT métaux nationale.

« L'amiante est interdite en France depuis 1997 et pourtant le sujet est toujours d'actualité au moins pour deux raisons. La première raison : le temps de latence des maladies de l'amiante est de plusieurs décennies. Beaucoup de salariés et retraités de cette usine sont atteints d'une maladie de l'amiante », ajoute la centrale qui avertit : « les autres sont susceptibles d'en déclarer une dans les années à venir, ce qui rend leur reclassement difficile », faisant référence à plusieurs autres dossiers analogues en France et en Europe.

Le 22 mai dernier, la Comité d’entreprise du site a voté une délibération pour ester en justice contre le groupe pour annuler le plan de sauvegarde pour l’emploi suite à un manque « de sincérité et de loyauté envers les élus dans le cadre de la transmission d’éléments d’information au cabinet d’audit Syndex », précise notre source.

En fin du document visible ci-dessus, Honeywell notait sobrement : « litige attendu – Syndex impliqué ». Contactée, la direction de l’usine Honeywell Materials n’était pas en mesure de nous répondre lors de cet appel mais a repris contact avec notre rédaction après édition pour donner sa version des faits, ce qui sera fait prochainement.

Christophe Journet

NDLR - Plus de détails sur la compagnie Honeywell via:

www.honeywell.com

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Mis à jour (Mercredi, 26 Octobre 2016 16:13)

 

Commentaires  

 
+1 #1 Patrick JAMES 11-06-2012 12:20
Il y a autant de justification aux interventions "sanitaires" dans les usines concernées que d'aller se promener au moyen-orient à faire de l'aide humanitaire "pro-active". Commencons donc par s'occuper de nos proches. En l'occurence de l'ensemble des sites bien pollués qui causent encore bien des décès. Et interdisons le départ du territoire des machines, des comptes en banque et des dirigeants tant que les sites ne sont pas pollués ! Ce n'est pas très légal, mais leurs attitudes non plus ! PJ
 

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